| Articles et Reportages | |
![]() |
|
|
La voiture roule au pas sur cette autoroute perpétuellement en travaux, pendant qu'une pluie diluvienne s'abat sur le toit. Nous sommes bloqués depuis plus d'une heure dans les inévitables embouteillages de la M 25, qui fait le tour de Londres, et tout en râlant, en bons français que nous sommes, nous observons les anglais qui, impassibles et disciplinés, attendent la fin du bouchon. Le crashpad, accroché avec la tente sur le toit de la voiture, se transforme peu à peu en éponge, pendant que les journalistes à la radio annoncent encore plus d'inondations, et nous nous demandons ce que nous sommes venus faire dans cette galère...
|
|
|
Nous trouverons la réponse quelques heures plus tard, sur la route
déserte qui serpente au milieu des collines : tout en haut des crêtes,
des lignes de roches se dessinent, luisantes, sous le soleil enfin revenu,
tandis que plus bas d'innombrables blocs aux formes étranges surgissent
des fougères. Nous voici enfin arrivés au terme de notre voyage : le
Peak District. Quelques minutes après notre installation au camping North
Lees, nous voyons débarquer Adrian, dans son camion noir, tout droit
sorti d'un épisode d' « agence tous risques » . Il va jouer
les guides durant notre séjour, et on ne pourrait rêver mieux: c'est un
gars du coin, un vrai de vrai, qui a grandi sur le gritstone et a ouvert
certaines voies qu'il nous fera découvrir...
Le grit... Cette roche à elle toute seule vaut le détour : c'est une variété de grès qu'on ne rencontre qu'en Angleterre, au grain plus gros que le grès de Bleau, mais au toucher plus doux que le granit. Ici l'érosion a bien fait son travail et vous ne rencontrerez pas de rochers aux formes déchiquetées, mais des courbes assez douces. Vous l'avez compris, sur le grit les plats sont rois, et le plaisir de l'escalade vient beaucoup du jeu avec cette adhérence inégalable... Les inconditionnels des gratts trouveront tout de même de quoi se contenter en arquant sur les « pebbles », des petits cailloux incrustés dans la roche, et dans lesquels, avec un peu d'imagination, on peut voir des prises... |
Sur les "pebbles" du Gritstone |
|
Mais ce n'est pas seulement le grit stone qui fait l'intérêt du Peak District : les blocs ont de belles lignes, avec une amplitude qu'on ne trouve pas toujours à Bleau : plus de hauteur, plus de mouvements, donc plus de plaisir, mais aussi une inévitable poussée d'adrénaline lorsqu'on atteint le seuil où il ne faut plus tomber, juste un ou deux mouvements avant le haut salvateur, quelques petites secondes pendant lesquelles on se sent incroyablement seul et où l'on se surprend à rêver d'une corde... Les encouragements des copains en bas sont alors la meilleure des parades. Puis, une fois le bloc sorti, la tension s'efface et on peut admirer, du haut de ce magnifique belvédère, les landes qui s'étendent en bas, à perte de vue, sous ce ciel anglais à la lumière incomparable. |
|
|
Sur l'énorme pépite d'or, "Not to be taken away" |
|
|
Une semaine c'est court pour découvrir le Peak, surtout lorsqu'on choisit une année marquée par les inondations pour s'y rendre. Inutile de dire que nous n'avons pas pu tout voir. Nous vous présenterons donc les incontournables du coin, les sites à ne manquer sous aucun prétexte et leurs blocs de légende. |
|
|
Burbage Valley |
|
|
La vallée de Burbage, qui comporte trois sites différents, s'étend de l'extrémité nord de Stanage à un pub fort sympathique nommé « The Fox ». C'est de ce dernier que nous partons, résistant tant bien que mal à la tentation d'aller tester l'autre spécialité locale – la bière! Cinq petites minutes de marche d'approche nous amènent au pied des premiers blocs de Burbage South. Ces blocs isolés en contrebas de la crête constituent un endroit idéal pour prendre contact avec le gritstone tout en douceur. La plupart des voies, aux atterrissages agréables, sont faciles (entre 4 et 6b), et offrent donc un échauffement parfait qui se termine par The Sheep 6c+ : Une jolie petite voie qui passe de fissure en fissure mêlant arqués, plats et coincements de mains – un vrai bloc anglais quoi!
|
Fin d'échauffement dans "The sheep" |
|
Un peu de dynamisme et une bonne parade dans "The Nose",7a |
Ensuite, notre guide nous amène vers la crête pour attaquer des propositions plus sérieuses. Au passage, nous admirons d'un oeil craintif les lignes effrayantes de Gaia et Partheon Shot. Ces deux voies de haut niveau et aux chutes interdites (peu de possibilités de placer des coinceurs!) sont de véritables légendes dans l'histoire de l'escalade sur gritstone. Nos objectifs sont bien plus modestes, mais même les blocs ont plus d'amplitude ici, et ne comptez pas sur les doux atterrissages des blocs d'échauffement. Les lignes sont de qualité, et la pression monte: dans ce coin, une bonne parade et des nerfs solides sont indispensables. De belles arêtes et faces nous permettent de nous mettre tout de suite dans l'ambiance avant de bluffer le local par nos performances dans les classiques du site. Steph s'envole dans le jeté « Dynos are a girl's best friend », n'hésitant point à faire une sortie directe sous les yeux écarquillés de l'ouvreur! Nous sortons notre technique de bleausards pour coller un crochetage de pointe dans le « jeté » « Attitude Applicator » 7a, le transformant ainsi en conduit avant de terminer la journée en beauté sur la très esthéthique proue de « The ball » 6c. |
|
Sur la règlette fuyante de West Side Story 7b+ |
|
|
Didi s'étend au max dans "Go West" |
Quelques jours (et quelques averses) plus tard, nous découvrons Burbage North. Cet endroit, bien que classé comme site distinct, n'est en réalité rien d'autre que l'extrémité nord de Burbage South. Ici, la grimpe se fait essentiellement sur la crête, où de hauts blocs se confondent avec de courtes voies – à vous de faire la distinction... Malgré l'appel des lignes classiques tels que « Banana finger », « All Quiet », et « Nicotine Stain », nous nous contentons de nous échauffer sur les premiers blocs à proximité de Burbage Bridge avant de nous diriger vers la crête en face, qui est notre objectif du jour. Burbage West n'est pas connu pour ses voies faciles, et après un ou deux 6a , on se retrouve vite dans des blocs hauts et durs. Notre attention se tourne bientôt vers un certain « West Side Story », grand classique qui combine un départ tout en finesse, un jeté et une sortie engagée - comme tous les blocs anglais renommés, il se mérite! Malgré notre siège, il résistera à tous... sauf à Steph. Pour nous autres, ce sera le projet d'un autre jour... |
|
Stanage Stanage, l'incontournable. Sa crête s'étend sur des kilomètres, proposant des centaines de voies parmi les plus connues d'Angleterre. Impossible de « faire » Stanage en une journée, il faut choisir son secteur. Heureusement pour le français de passage, la majorité des voies connues se trouvent dans le même secteur; The Plantation. |
|
|
Les fameuses meules de pierre de Stanage, véritables symboles du Peak District |
|
| Une courte montée au milieu des fougères qui s'étendent à perte de vue, nous mène au « Business Boulder ». Ce bloc est surtout connu pour le fameux « Jerry's traverse », mais il s'avère tout aussi bien pour l'échauffement – à condition de grimper sur l'autre face! Chacun s'en donne à coeur joie, et les bonnes conditions sont au rendez vous. La pluie se maintient à une distance respectable, et il fait frais – ça colle! Nous écumons les classiques, « Green Traverse »,7a+, The hourglass boulder avec ses deux arêtes, sur un rocher jaune-ocre, ... les blocs s'enchaînent, et nous nous emballons, chacun faisant sa petite perf... mais aujourd'hui c'est le jour de Laurent, qui décidément s'adapte vite au grit. Il s'offre le facile mais haut « Crescent arête », « Brad Pitt », un 7c+ à crochets plutôt exigeants, « Deliverance », le bloc le plus photographié d'Angleterre - un 7b+ en dalle qui se termine par un jeté bien à sensation, sans oublier bien sur « Not to be taken Away » – ne pas emporter - un bloc au nom plutôt ironique compte tenu de sa taille. Ce 6c / 7a, dont l'ampleur ne peut manquer de laisser des souvenirs,est vraiment majeur. Trois mouvements difficiles mènent à une rampe où les prises s'améliorent en montant pour terminer sur de gros baquets – heureusement, car la chute est franchement à éviter! |
Deliverance 7b+ |
|
Brossage indispensable sur la "règlette" de... |
..."The Storm", 7c |
| Comme toute bonne
journée à l'anglaise, la notre se prolonge au pub, où la bière coule
à flots. Pendant que chacun s'enfonce avec bonheur dans les banquettes
profondes, les réussites et les échecs de la journée se racontent, et
s'amplifient, alors que ceux du lendemain se préparent.
Nos projets pour les jours suivants resteront des projets. Le mauvais temps met définitivement fin à notre séjour dans le Peak qui se termine au Café « Outside » à Hathersage - havre de chaleur et abri en temps de pluie, connu de tous les grimpeurs du Peak. Vous pourrez y goûter le traditionnel petit déjeuner anglais, déguster une tasse de thé, ou simplement tripoter le matériel d'escalade étincelant, très tentant, mais financièrement inaccessible! Robin Hood's Stride et The Secret Garden devront attendre une année de plus, mais nous rentrerons à Bleau comblés, et puis, quand on habite la mecque du bloc, le retour se fait toujours sans trop de regrets. |
|
|
Vue imprenable sur Hope Valley de l'arête de "Deliverance" |
|
|
Quelques infos pratiques pour ceux qui ont été séduits! Accès : Pour traverser la Manche, il faut choisir entre le tunnel et le ferry. Le premier est plus rapide, mais bien plus cher, et moins agréable. Les deux sont bien indiqués sur l'autoroute qui mène à Calais. Une fois en Angleterre, c'est direction London, puis M25 direction Dartford tunnel (prévoir £1 en monnaie, et vous éviterez les embouteillages au péage). Ensuite, c'est M1 direction North. Sortez à Sheffield, et prenez direction Hathersage (attention, ce n'est pas toujours très bien indiqué). Logement: L'idéal, est bien entendu d'avoir des potes qui habitent une grande maison à Sheffield. Sinon, il faudra choisir entre le camping, et les cottages ( gîtes). Ces derniers sont fortement conseillés, compte tenu des risques de pluie, mais il faudra prévoir un budget assez élevé. Pour les autres, ce sera le camping – celui de North Lees est placé de manière idéale, au pied de Stanage. Il est simple et agréable, mais attention aux midges! Dans tous les cas il faut se loger aux alentours de Hathersage. Commerces: Vous trouverez de quoi vous nourrir à Hathersage, mais pour plus de choix et des prix plus intéressants, il faut faire le déplacement à Sheffield (20 mins). Topos: Le nouveau topo « Peak District: Bouldering » est très complet (à 30€ il peut l'être!). Vous le trouverez sur internet ou sur place (Outside à Hathersage). Par temps de pluie: La spécialité des anglais est de squater des cafés – salons de thé, qui servent des repas chauds et en principe peu coûteux. Les meilleurs sont sans doute Outside ( au dessus du magasin du même nom), et Grindleford café – vous y trouverez un grand nombre d'autres grimpeurs qui boivent des litres de thé en attendant que le rocher sèche.
Attention tout de même à l'été anglais Si les éclaircies refusent obstinément de revenir, vous pourrez toujours faire un tour à l'un des nombreux murs d'escalade de Sheffield. Nous vous conseillons « Climbing Works ». Cet énorme mur d'escalade comporte un secteur circuits (inspiré de Bleau), un secteur blocs hors circuits et un secteur enfants avec descente sur toboggan. La grimpe: Il faut prévoir le matériel classique de bloc, magnésie, brosse(s), pad et tapis. N'utilisez pas de brosse métallique, et surtout pas de pof. Son utilisation est strictement interdite, comme partout dans le monde d'ailleurs à l'exception de Bleau et vous risquez de vous faire lyncher sur place.
|
|
|
Sur le Gritstone ocre de "Crescent Arête"
|
|